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Témoignage, matinée du crash du 30.06.09 aux Comores

15/12/2009

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TEMOIGNAGE. Grande Comore, le 30 juin 2009, matinée du crash de l’avion de la Yemenia airline.


Vous avez peut-être été informés par les média du crash de l’avion de la Yemenia airline, qui a eu lieu le 30 juin au large des Comores. Le hasard a fait que j’étais là-bas ce jour-là. J’ai vécu ce triste moment avec mes amis comoriens et avec toutes les familles qui ont rejoint en pleine nuit la côte nord de Grande Comore dans l’espoir de sauver les victimes du crash. En vain, malheureusement.

Peu de choses ont été dites aux informations sur ce que le gens ont vécu sur place et on n’en parle déjà plus. Pourtant la situation actuelle aux Comores est dramatique, car toutes les familles sont touchées et ont besoin de secours.

Pour apporter un complément d’informations sur cette tragédie, voici mon témoignage de ce qui s’est passé pendant la nuit du crash. A la suite de ce témoignage, vous trouverez les coordonnées du Secours populaire, auquel vous pouvez envoyer des dons pour aider les familles comoriennes.

Un peu avant 2h00 du matin, un ami qui travaille à l’aéroport, nous appelle pour dire qu’un avion de la Yemenia Airline en provenance de la France, via Sanaa (Yemen), n’a pas pu atterrir et a disparu dans le ciel.

[ Un peu plus tard dans la semaine, nous l’avons rencontré, voilà ce qu’il nous a décrit :

L’avion a commencé son atterrissage « à vue », en empruntant la mauvaise piste. Il a tenté d’atterrir dans le sens du vent, ce qui est contraire aux règles de sécurité. Au dernier moment, le pilote s’est ravisé et a essayé de redécoller. Une explosion s’est alors produite (les témoins sur place ont décrit un grand éclair de lumière), l’avion a repris de l’altitude et s’est dirigé vers le nord (sans doute pour prendre l’autre piste), puis il a disparu.

Selon cet ami, l’avion a été pris dans les vents tournants du nord et n’a pas pu rétablir son équilibre.]


A cette heure, personne ne sait où se trouve l’avion, mais l’explosion laisse supposer qu’un crash a eu lieu. On a besoin d’aide. A la maison, Moustoifa, qui est dentiste, rassemble son matériel de secours. Soumette vient me réveiller, m’explique ce qui se passe et me demande si je veux venir. Ma première réponse est négative, je ne veux pas voir ça. Puis je réalise que les moyens de secours aux Comores ne sont pas ceux de la France, il ne s’agit donc pas de voir, mais d’aider, d’apporter du secours, aussi minime soit-il. Je me ravise donc et je pars avec Moustoifa, Soumette, Moeze et Bai. Soumette prend l’appareil photo pour pouvoir témoigner.

Nous partons immédiatement en direction du nord, il fait nuit. Au loin, sur la mer, nous voyons une grosse lueur, apparemment fixe. D’autres ont repéré la même chose et commencent à se rassembler sur la côte. Je ne comprends pas ce qui se dit, les gens parlent comorien, mais je sais que nous nous demandons tous si cette lueur est celle de l’avion et quand les secours arriveront.

Nous attendons, impuissants.

A l’aube, nous sommes informés que le crash s’est produit selon les estimations dans l’océan à environ 20 km au nord de Mitsamiouli. Nous ne sommes qu’à quelques kilomètres de ce village. Les gens se précipitent alors sur la route en direction du nord.

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Des centaines de gens se regroupent sur la plage de Mitsamiouli.


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Là, on attend, le regard tourné vers le nord ; on attend des signes de vie, des secours, quelque chose sur quoi s’appuyer, sur quoi agir, pour cesser d’être inutiles. Des personnes sont en train de mourir à seulement quelques kilomètres de nous, des personnes réelles, pas des « anonymes » derrière l’écran télé : des frères, des sœurs, des mères, des pères… C’est un petit pays les Comores, toutes les familles sont liées les unes aux autres, les gens se connaissent.

Des secours commencent à se mettre en place, courageusement mais sans grand espoir, les moyens sont tellement dérisoires : une barque, un bateau pneumatique

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Le pays ne dispose pas de moyens suffisants pour ce type de sauvetage (pas d’hélicoptères de secours, pas de bateaux équipés de radars…) et les secours internationaux tardent…

La révolte s’installe ici et là dans les cœurs. La colère est toujours préférable à l’angoisse et au désespoir. Mais c’est une révolte sans objet. Contre qui se révolter ? Peut-on en vouloir au pays d’être trop pauvre en équipement pour sauver ses citoyens ? Doit-on accuser les secours internationaux qui tardent ? Non.

Y a rien d’autre à faire que de rester planter là, incrédules devant le désastre.

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Le bilan des victimes est lourd : 152 passagers. Une seule survivante. A ce jour, les autres corps n’ont toujours pas été retrouvés. Face à cet impossible deuil, les gens prient, essaient de s’entraider, mais les ressources sont minimes…

Pour comprendre la gravité de cette catastrophe, il faut savoir qu’au-delà du drame affectif, il y a un drame économique. La plupart des passagers du vol de la Yemenia étaient des soutiens de famille issus de la Diaspora comorienne, ils revenaient aux Comores pour les vacances. Ces gens se sont exilés de leur île et travaillent en France pour aider leur famille (jusqu’à 4 générations d’âge) à rester dans leur pays et à y vivre dans des conditions acceptables. Le système socio-économique des Comores, fragilisé depuis la décolonisation française, est largement dépendant de la Diaspora comorienne en France. Aujourd’hui, cet équilibre est menacé. Il faut agir rapidement, apporter de l’aide à ces familles, l’aide locale n’est pas suffisante. C’est pourquoi le Secours Populaire fait appel à la générosité internationale.

J’espère sincèrement que vous y serez sensibles.

Anne B-D (île de La Réunion, 19 juil. 2009)

Vous pouvez adresser vos dons à :

Fédération des Bouches-du-Rhône du Secours populaire français

« URGENCE COMORES »

BP12

46 rue Locarno

13351 Marseille Cedex 05

(Chèque à l’ordre de Secours Populaire)


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