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Treck au Lantang

10/11/2009

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En novembre 2008, je suis partie à l’assaut des montagnes népalaises, poussée par une profonde envie de me surpasser pour mieux me retrouver et par une incroyable envie de rencontrer le peuple tibétain réfugié au Népal, dans la région du Langtang.

Je vais donc essayer de vous faire partager cet incroyable treck : 10 jours de marche parmi différentes végétations, des plus luxuriantes au plus arides; départ à 1300 mètres pour parvenir à environ 5000 mètres avec des températures oscillant entre 20 et -5°.

carte parc naturel de Langtang

Mais avant toute chose, je dois vous présenter mon guide et le porteur qui nous accompagnait : Gurme, le guide et Babou, le porteur sont tibétains. Ils vivent avec leur famille dans le village de Langtang qui culmine à 3430 mètres. Les conditions de vie y sont extrêmement difficiles: les hivers sont très rigoureux et durent 5 longs mois, il n’y a ni eau courante, ni électricité, ni médecin, ni magasin. Le premier “village” se trouve à 2 jours de marche et la neige interdit tous déplacements entre les mois de décembre et mars, ce qui oblige donc les habitants à faire de réserves de riz, de céréales, de viande séchée et de farine, la base de leur alimentation, pour plusieurs mois…le tout se transportant à dos d’hommes puisque le sentier est tellement escarpé que même les chevaux ne peuvent pas atteindre une telle altitude !

18 novembre : Après avoir été secouée pendant près de 10 heures dans un bus “TATA mobile” au confort précaire, sur une piste en terre à flanc de montagnes et bordant un profond précipice, nous sommes arrivés à Shyaphru Besi, point de départ du Treck. Là, nous nous installons dans un hôtel et après une bonne soupe et quelques thés tibétains je m’endors paisiblement. Ici tout est calme: pas de pollution, pas de klaxons, juste l’air frais et les montagnes qui nous entourent ! Demain la grande aventure commence !

19 novembre : Une bonne nuit de sommeil, un bon petit-déjeuner composé de tibetan bread, beurre de cacahuètes et un soi-disant café et nous voici partis en direction de Rimche. Le sentier chemine le long de Langtang Khola (rivière Langtang) à travers la “jungle”: végétation luxuriante composée principalement de rhododendrons, (“laligura” en népali, la fleur nationale du pays, dont les arbres peuvent atteindre 15 mètres de hauts) et de pins de toutes sortes. Nous faisons une première pause thé dans une des nombreuses “thea house” qui se trouvent tout le long du cheminvue de Langtang Khola et de la jungle

puis une deuxième pause à 1970 mètres pour nous restaurer. Les lodges proposent tous les mêmes repas : une variété de soupes, des nouilles, du riz, des momos (raviolis tibétains – excellents) ou la fameux Dahl Bat, plat traditionnel népalais composé d’une soupe de lentilles, de riz, de quelques légumes, le tout bien épicé…parfois même immangeable! Nous repartons ensuite pour 2 heures d’ascencion, sous un soleil magnifique. Chemin faisant, le majestueux Langtang Lirung (7230 mètres) montre son nez enneigé. C’est super: le vert de la végétation, le bleu du ciel et cette petite pointe de blanc…Nous arrivons à Rimche (2455 mètres) aux environs de 16h00. Je découvre un panneau sur lequel je peux lire ” The best hot shower in Langtang”. Voici ma curiosité bien attisée et comme je suis un peu comme St Thomas, je demande à voir! On m’indique donc une petite cabane, j’y entre, tourne le robinet et effectivement l’eau est chaude ! Une merveille après une journée de marche et de transpiration… Le secret : des panneaux solaires installés à flanc de montagnes et effectivement cette douche fut la meilleure de tout mon treck !

Nous passons la fin de la journée à siroter une bière, en admirant le soleil se coucher sur la vallée et en jouant aux cartes. Puis vint l’heure du dîner. Les cuisinères tibétaines sont …simples mais très pratiques. Quelques trucs à savoir : chaque casserole a son usage, on n’utilise donc pas la casserole du thé pour faire la soupe !

cuisinière tibétaine

Après chaque utilisation, la dite casserole est essuyée avec un morceau de tissu, plus ou moins propre, et est suspendue dans la cuisine dans laquelle se baladent des insectes dont je préfère taire le nom! J’ai eu quelques appréhensions, après avoir découvert ses notions d’hygiène, à avaler mon repas, craignant la pire des infections… Et bien, rien: pas le moindre mal de ventre !

La soirée s’est déroulée tranquillement au coin du feu : discussions, fous rires, lectures sans oublier le jeux de carte !

20 novembre : J’ai découvert ce matin au cours de mon petit déjeuner un délice rafraîchissant : le curd (yaourt au lait de yack) ! C’est vraiment bon et ça ne ressemble pas du tout à nos yaourt pasteurisés. Après un succulent petit-déjeuner, nous sommes donc partis sur la route de Langtang. Gurme et Babou sont impatients de me faire découvrir leur village et leur famille. Nous y arrivons en fin d’après midi. La végétation est rase à 3400 mètres et je découvre les premiers yack . Des troupeaux entiers peuplent le village. Chaque famille en possèdent quelques uns; leuryack ou nack?

lait sert à la confection du beurre, du curd, leur viande est séchée et consommée tout au long de l’année et leur laine sert à fabriquer toutes sortes de vêtements extrêmement chauds.

Gurme habite dans une petite maison typiquement tibétaine : une “yack house”. (construite en bois et en pierres avec une toute petite porte et deux minuscules fenêtres) Le rez de chaussé, quelque peu enterré, sert d’étable aux yack. Le premier étage ,auquel nous accédons grâce à un échelle, est composé d’une pièce unique au milieu de laquelle se trouve le foyer. Le sol est fait de planche de bois légèrement espacées de façon à laisser passer la chaleur des animaux. On cuisine, on mange et on dort à même le sol. Je suis accueillie par Dicki, la femme de Gurme , leur fille Lanjumboutee et par les grands-parents. Tout ce petit monde vit dans 15 mètres carrés. Question intimité, il faudra repasser !Chez Gurme

À peine arrivée, on me propose du thé au lait de yack puis la grand-mère me fait signe de la suivre. Je ne sais pas où elle m’emmène jusqu’à ce que je découvre, au détour d’une ruelle, un petit troupeau de yack qui “broute” dans un champ. C’est l’heure de rentrer le bétail et de traire les nacks (et oui, la femelle du yack se nomme ainsi!). Ces bêtes ont un air tendre donc je m’approche assez tranquillement d’elles. La grand-mère ramène tout ce petit monde à la maison, les fait rentrer dans l’étable et commence à traire. Je la regarde de loin mais elle me fait signe de m’approcher et me propose son tabouret.traite de la nack

Elle se lève, je prends sa place. Elle me prends les main et les place sur les pis de nack puis m’accompagne et me guide dans la traite. Pas facile…j’ai peur de leur faire mal… Alors je sens la pression de ses mains sur les miennes et oh! miracle, le lait coule enfin et moi je transpire ! Fait chaud là dedans! Pour me remercier de mes efforts elle me sert un verre de lait bien chaud. Difficile de résister et c’est vraiment délicieux, à la fois tiède et légèrement acide…

Suit la préparation du repas : Dicki m’explique comment faire le pain tibétain. Je m’applique et prends vite des crampes dans les jambes. On cuisine accroupie…position dont je ne suis pas fan, surtout après une journée de marche !

leçon de cuisine Après le repas pris en famille autour du feu et une dernière escapade dans la nature pour satisfaire un besoin naturel (faut que j’arrête de boire tant de thé !), voici l’heure du coucher. Gurme étale des petits matelas devant le foyer, les grands parents se couchent puis Gurme m’indique ma place. Je me couche donc à côté de la grand-mère, dans mon duvet. Dicki a peur que j’ai froid, elle demande donc à Gurme de me recouvrir d’une épaisse couverture. Chose faite, je suis incapable de bouger, comme paralysée dans mon duvet. Une chose est sûre je ne vais pas avoir froid ! Dicki, Lanjumboutee et Gurme se couchent à mes côtés et nous nous endormons à la lueur des dernières flammes… Une expérience incroyable chargée d’émotions, de sentiments forts ! Ces gens que je ne connaissaient quasiment pas m’ont ouvert leur maison, leur intimité, leur cœur. Ils m’ont accueillie à bras ouverts avec une gentillesse indéfinissable me considérant comme l’une des leurs. Je me sens bien dans ces montagnes et je les remercie de tout le bonheur qu’ils m’ont apporté.

21 novembre : Réveil collectif à 7h00. Dicki rallume le feu, la grand-mère s’apprête à conduire les yacks au champ, le grand-père s’occupe de sa petite-fille et Gurme est parti à la corvée d’eau. Et moi, je regarde tout ce petit monde s’activer…je suis encore un peu endormie et je profite de ces moments de plénitude. Et puis tout à coup déboulent dans la maison cinq petits voisins : ils viennent prendre leur petit déjeuner. Je comprendrais par la suite que les mères du pâté de maison préparent le petit-déjeuner pour les bambins à tour de rôle. Celles qui ne préparent pas le repas vont chercher les bouses de yack dans les champs et les étalent au soleil : combustible naturel, le bois étant rare ! Les enfants me regardent d’un oeil inquiet jusqu’à ce que je sorte de mon sac à dos des crayons et des carnets. Alors là, je suis la reine ! Ils s’approchent de moi, me disent “hello”, me demandent mon nom et commencent à faire des clowneries. Je leur distribue les crayons et là, c’est la folie dans la maison. ils sont trop heureux, me sautent au coup et m’embrassent…chose assez peu naturelle chez les Tibétains. Un beau réveil !

lait voisine Après le petit déjeuner, c’est au tour des voisines de se succéder dans la maison : Elles apportent leur récolte de lait pour la fabrication collective du beurre et du curd et en profitent pour boire un thé, manger un peu de riz et discuter. Tout le village s’entraide et il existe une réelle solidarité entre tous.

Le programme du jour: visite du village de Langtang (c’est vite fait !), de sa fromagerie -le fromage de yack est très bon, il ressemble à du gruyère avec un goût assez prononcé – et de son monastère, vieux de 700 ans. Le monastère se trouve sur une colline. Il est superbe mais en il y a péril en la demeure : les magnifiques fresques colorées qui le décorent sont soumises aux variations thermiques, aux fuites du toit . Résultat: la peinture craquèle, se fissure, des pans de mur tombent et si rien n’est fait, il se peut que tout disparaisse. Les habitants de Langtang font de leur mieux pour le protéger mais il sont impuissants. Il faudrait un vrai plan de sauvegarde du patrimoine et comme le gouvernement se fout de ce qui se passe dans les montagnes peuplées de réfugiés tibétains, c’est toute une culture qui risque de s’envoler.

peinture monastèreboiserie monastère

La journée suit son cours, tranquillement entre thés au lait, curd, pain tibétain, aide aux différentes tâches ménagères puis installation dans la guest house du village. Gurme a voulu que j’y passe la deuxième nuit sous prétexte que, d’habitude, les Européens veulent prendre des douches tous les jours et aiment leur petit confort : toilette dans la maison, matelas et vrai lit, table pour manger…Ceci dit, je dois avouer que la douche tiède fut bonne, sans parler de la bière !

22 novembre : Aujourd’hui, nous montons jusqu’au village de Tchenjing Gumpa puis redescendons à Langtang. En effet, le chemin continue normalement après ce village perché à 3900 mètres mais il a neigé ces derniers jours en altitude et les conditions d’accès au camp de base suivant sont assez dangereuses. On fait donc un aller retour, sous le soleil. Chemin faisant, je croise des enfants aux joues rouges, sales, burinées par le soleil, un moulin de prières qui fonctionne à l’eau et bien sur, des drapeaux de prières flottant à tous vents!

enfants

drapeau prière sur Langtang LirungLangtang

Le soir, grande discussion, au coin du feu, avec Gurme sur les conditions de vie dans les montagnes. Les gens qui possèdent une guest house ont la “chance” d’avoir des douches (chaudes, froides ou tièdes en fonction de l’ensoleillement…et oui, les panneaux solaires sont arrivés jusqu’à 400 mètres, mais pas au-delà :), de l’eau courante (sauf quand elle est gelée dans les tuyaux qui sont à même le sol) et une petite source de revenue. En général ce sont les femmes qui gèrent les maisons d’hôtes alors que les hommes sont guides ou porteurs. Les autres habitants du village vont donc chercher l’eau à la fontaine. Quand celle-ci est gelée, ils récoltent de la neige ou de la glace et la font fondre. Bien sur, il n’y a pas de docteur; les femmes accouchent donc à la maison. Le taux de mortalité infantile ou de mort en couche est assez élevé. On se lave le visage et les dents tous les jours mais pour le reste c’est une fois par semaine…voire moins en hiver ! Les tibétains portent de chauds tricots de corps sous leurs vêtements. Ils ne les quittent pas, dorment avec et ne les lavent qu’une fois par semaine aussi ! Dans chaque famille, un des enfants sera “sacrifié” : il n’étudiera pas et restera au village pour veiller sur ses parents. Les mariages se font très tôt (vers 16 ans) et le jeune couple partage la maison des parents du mari. Une pratique ancestrale (qui n’a plus lieu au Tibet et dans cette région du Langtang) : la polyandrie

Bref, la vie est rude, impensable pour certains occidentaux et je crois que je pourrais difficilement passer un hiver à Langtang. Mais il y a également beaucoup de choses à leur envier : le ciel où brillent des milliers d’étoiles, l’air pur, le lait et le yaourt de yack dont je suis devenue accro, la gentillesse des gens et le fait qu’ils acceptent leur sort sans se plaindre. Le bouddhisme doit y être pour beaucoup. Ces personnes vivent en réelle communauté: tout le monde met la main à la pâte, veillards, hommes, femmes, enfants.

23 novembre : Aujourd’hui nous partons de Langtang, redescendons un peu dans la vallée avant de remonter sur un autre flanc de montagne. Après mon petit déjeuner, je vais donc dire au revoir à Dicki et à sa fille. Les Tibétains ne sont pas très démonstratifs, je ne sais donc pas comment faire: la prendre dans mes bras, lui faire une bise, un signe de la main?? Surprise, c’est elle qui fait le premier pas: elle s’approche de moi, me tend les bras et m’étreint fortement. Ceci fait elle me tend un petit paquet qui contient son moulin de prière en me remerciant des cadeaux que je leur ai offerts. Je suis sans voix et les mots me manquent pour la remercier de sa gentillesse et de son hospitalité.

Finalement nous levons le camp, le cœur lourd, chargé d’émotions. Nous marchons environ 3h00 (que de la descente) et arrivons au lodge des parents de Dicki vers 14h00. Le soir, j’ai la chance de pouvoir assister, dans la cuisine, à la préparation des repas des autres treckeurs. Le père, un vrai chef, me fait goûter à tous les plats : soupe d’orties, soupe de citrouille, momo au chocolat…le tout arrosé de litres de thé (sans mentir!).

24 novembre : départ à 8h50, on continue de descendre puis on amorce la montée vers Thulo Shyabru (2235 m).

Sur le chemin, je retrouve un treckeur anglais que j’avais déjà rencontré deux jours plus tôt et un couple de belge francophone. La montée vers le village est rude: fait chaud et la faim commence à se faire sentir. Nous arrivons au village à 12h10, posons nos affaires à “Everest Lodge” et commandons un repas copieux.

Et vous savez ce qu’il y a dans ce village à plus de 2000 mètres, à trois jours de marche de la première ville ?? INTERNET !! et oui ! Incroyable !

Le soir l’Anglais, les Belges et moi discutons au coin du feu pendant que nos guides respectifs jouent aux cartes. Nous nous couchons tôt. Demain, c’est la partie la plus dure du treck : 1200 mètres de dénivelé !

village Thulo

village Thulo

25 novembre : levée à 6h00 puis petit déjeuner chaotique dans la cuisine. Nous réveillons les hôtes; la nuit a du être bien arrosée et ils semblent ne plus savoir où se trouvent les ingrédients du petit déjeuner… je regarde tout ce petit monde s’agiter en émergeant doucement. On nous sert un porridge à l’eau (beurkk!) et un café vraiment très clair puis nous levons le camp à 7h50, sous le soleil. Gurme me prévient que nous devrions en avoir pour 5 /6 heures de marche. Je me prépare donc psychologiquement! On grimpe, on grimpe, à travers des champs, à travers des forêts de rhododendrons géants. On escalade des murets de pierres et des barrière en bois et on grimpe toujours jusqu’à un plateau où nous faisons une pause thé. Il est 9h50.

sur la route de Chyolangpati Nous repartons vers 10h15. On grimpe toujours et sans cesse à travers une forêt de résineux. Je ne me sens pas fatiguée du tout et sent comme une espèce d’euphorie à mesure que nous montons. J’avale les mètres comme portée par un élan inexplicable.Le chemin serpente entre les arbres, le soleil joue à cache cache et tout à coup, j’aperçois le toit d’un lodge. Je fais les derniers mètres et me pose au soleil en attendant le reste de la troupe.

Je regarde la pancarte sur laquelle figure le nom du lodge et découvre que nous sommes déjà à Chyolangpati ! En arrivant quelques minutes plus tard, Gurme me surnomme la “Mountain Cow girl”… Nous venons de parcourir en 3 heures ce que d’autres font habituellement en 5 heures ! Pas peu fière, je décide de siroter une bière au soleil : je fête ma petite victoire personnelle!

Chyolangpati

Langtang Lirung vu de Chyolangpati

Langtang Lirung vu de Chyolangpati

Nous déjeunons tous au soleil…fait frais ici et les rayons qui nous chauffent le dos sont les bienvenus. Ensuite, je demande à prendre une douche. L’hôte me regarde avec des yeux ronds et a l’air de me prendre pour une folle. Gurme m’explique qu’il n’y a pas d’eau chaude et pas de chauffage dans le douche. L’hôte a peur que je tombe malade. Tans pis, j’y vais! au bac, à l’ancienne! C’est vrai qu’elle est froide cette eau et j’ai l’impression de me laver dans un frigo…mais je me sens tellement bien après ça ! Du coup, en sortant de la douche, un bon thermos de thé chaud m’attend (offert par l’hôte !). Le reste de l’après midi passe tranquillement en promenade autour du Lodge, en partie de cartes, en discussion avec Kevin (l’Anglais) et le couple de Belges.

On est à 3548 mètres, le soleil joue à cache cache avec les nuages et pour la première fois depuis mon départ, je sors mon bonnet et mes gants! Je pense que la nuit va être fraîche.

coucher de soleil à Chyolangpati

coucher de soleil à Chyolangpati

26 novembre : la nuit fut rude! Non pas à cause du froid (malgré les-2° dans ma chambre au réveil à 5h00) mais à cause des ronflements de l’ours qui dormait dans la chambre voisine de la mienne. Le mur qui nous sépare est fait de planches de bois toutes espacées de quelques millimètres (voire centimètres). Je décide donc de me lever à 6h00 pour pouvoir ainsi profiter du lever de soleil. Un spectacle grandiose! Pas un bruit, enveloppée par le froid, assise sur un muret, je suis restée là environ une heure à contempler l’ombre sur les montagnes, la mer de nuages. Le spectacle terminé, je suis retournée me réchauffer au coin du feu en attendant de prendre mon petit déjeuner.

lever de soleil à Chyolangpati

lever de soleil à Chyolangpati

mer de nuages

mer de nuages

la chaine de Annapurna

la chaine de Annapurna

lever soleil

lever soleil

Nous partons pour Gosaikunda à 7h50.

Gosaikunda est un lieu de pèlerinage très important: on y trouve 3 lacs sacrés dans lesquels les Hindouistes viennent déposer des offrandes une fois par an.

Ganesh Himal

Ganesh Himal

Nous allons monter dans un premier temps jusqu’à 4350 mètres, au niveau des lacs. Le paysage est splendide, indescriptible. Nous ne croisons personne sur le chemin, excepté un chien qui va nous accompagner jusqu’aux lacs sacrés. Ganesh Himal, les Annapurna et Langtang Lirung veillent sur nous.

pause en cours d'ascension

pause en cours d'ascension

Le temps est dégagé et nous offre une vue incroyable ! Je commence à sentir mon souffle court, voici les premiers effets de ce qu’on appelle le “mal des montagnes”. Je fais les derniers mètres un peu moins rapidement que d’habitude. Gurme de me dire “Alors, la mountain cowgirl, on commence à fatiguer!”.

Les prières volent au vent

Les prières volent au vent

Les voilà, ces fameux lacs ! L’eau est glaciale. Nous faisons uns pause. Il est 10h00, l’heure du thé. On s’installe dans un lodge, en terrasse au bord du lac. Gurme me dit que je peux continuer à grimper un peu jusqu’à Gosaikunda path (4700 mètres). Je reprends quelques forces et pars à l’assaut des derniers mètres. Le chemin n’est pas facile : amas de pierres à escalader, eau glacée qui me vaut quelques belles glissades sur les fesses…mais ça valait la peine !

Regardez plutôt !

lac sacré et lodge en terrasse

lac sacré et lodge en terrasse

Glace, lac, nuages, montagnes

Glace, lac, nuages, montagnes

Je suis revenue auprès de Gurme vers 12h00 pour déjeuner. D’ici, deux chemins s’offrent aux trekkeurs : soit on continue après Gosaikund Path et on peut redescendre dans la vallée vers Kathmandou, soit on retourne vers Chyolangpati puis on descend dans une autre vallée vers Dunche. Gurme a choisi la deuxième solution (faute de temps).

Grand mère

Grand mère

Nous repartons donc et arrivons à Chyolangpati à 14h00. Les propriétaires du lodge où nous résidons se préparent pour une célébration tibétaine qui doit avoir lieu ce soir. Lors de cette fête, ils chassent les mauvais esprits de la maison.On chante, on joue des instruments traditionnels et on boit !! Et moi, je tombe littéralement de sommeil! Gurme me propose donc d’aller dormir chez la voisine. Je déménage donc en pleine nuit (enfin tout est relatif, il doit être minuit !).

27 novembre : 6h30. La voisine me réveille en me secouant…je dormais bien ! Elle me fait comprendre qu’un homme s’est blessé. Et bien oui, les Européens ont la réputation de se trimbaler avec des pharmacies complètes! Manque de bol, je n’ai rien, à part des aspirines !

Je m’approche du malade: un homme, manifestement encore alcoolisé qui me montre sa jambe. Il s’est taillé le mollet avec une machette en allant chercher du bois en pleine nuit. Il a confondu sa jambe avec un bout de bois! Les ravages de l’alcool !

Je lui fais comprendre de poser son pantalon. Bien sur, il ne veut pas! Je lui demande donc de le relever… il a l’air d’avoir mal. Le sang a collé au pantalon et ils ont eu la bonne idée d’entourer la plaie avec des tissus dont la propreté laisse à désirer!

Je mouille les tissus, tire dessus, il couine et enfin je vois la plaie et j’ai des hauts le coeur! Béante, belle plaie, nette, on voit l’os sur le devant du mollet…mais moi, je ne suis pas Docteur Queen!! Je lave donc avec de l’eau chaude et du savon de Marseille, demande des linges propres pour entourer la plaie, lui conseille d’éviter de marcher et d’aller au plus vite à l’hôpital de Rimche.

L’hôtesse me propose des pains tibétains au beurre de cacahuètes (dont je raffole habituellement) mais là, j’ai vraiment pas faim ! Elle me fait donc un “doggy bag” et nous partons en direction de Dunche vers 8h40. Gurme a des petits yeux, il n’a dormi que 3h00 à cause de la fête et il n’est du coup pas très loquace !

Nous descendons, descendons et descendons encore. La végétation change au fil des heures, le soleil est toujours là et nous croisons de plus en plus de monde sur le chemin.

Sur la route de Dunche

Sur la route de Dunche

Nous arrivons à Dunche à 12h00. Nous sommes bien de retour à la civilisation : mobylettes bruyantes, voitures polluantes, rues animées. Nous nous installons dans un hôtel et Gurme demande pour moi la “suite royale”: une chambre avec lit double, salle de bains, toilettes et eau chaude perchée sur le toit de l’hôtel! Le vrai luxe!

Nous déjeunons et je découvre avec horreur que la soupe de légumes et une vulgaire soupe en sachet alors que dans ce village on trouve des marchands de fruits et légumes. Dans les montagnes, ils ont peu de moyens, se décarcassent et font des repas délicieux et ici, ils ont tout à disposition et font des soupe en sachet… L’hospitalité des montagnes a bel et bien disparu, le gérant de l’hôtel est assez désagréable : il préfère jouer aux cartes avec les autres hommes du village plutôt que de s’occuper de ces clients. D’ailleurs, ici, les hommes ne font rien de leur journée si ce n’est jouer aux cartes, boire du thé et déambuler dans le village sur le mobylette. Les seule qui bossent sont des femmes !

Après cette succulente soupe, je vais prendre une douche royale. Enfin, je peux me laver les cheveux, j’en profite et reste pas loin de 30 minutes sous la douche à frotter les moindres recoins et à me détendre. J’ai les muscles du dos un peu meurtris.

Au sortir de la douche, Gurme m’annonce qu’il n’y a pas de bus pour Kathmandou demain et que nous allons devoir rester ici un jour de plus. Les chauffeurs de bus font grève suite à des émeutes dans la capitale.Très bien. On en profite donc pour faire notre lessive et pour se reposer. On a bien mérité une journée de “farniente”!

28 novembre : Journée de repos à Dunche.

Hôtel de Dunche

Hôtel de Dunche

Je me ballade dans le village. Les hommes passent donc leur journée assis sur des chaises au soleil à discuter. Et pourtant, il me semble qu’il y a tant de choses à faire dans ce village. Ils pourraient entretenir leur hôtel, nettoyer un peu les rues, ramasser les ordures qui trainent devant leur porte. Mais non! Les jeunes aussi sont désœuvrés. Leurs principales occupations: le téléphone portable et parader sur leur moto. Je rencontre un français, Bruno, qui est parti de Lyon en juillet à Vélo pour un périple de 18 mois. On bavarde de nombreuses heures, il me raconte ses aventures et mésaventures. Une belle rencontre !

rue principale de Ducnhe

rue principale de Dunche

Il doit lui aussi retourner sur Kathmandou et décide donc de rester à l’hôtel ou Gurme et moi sommes installés.

L’heure du dîner arrive, le cuisinier est introuvable, Gurme s’impatiente et décide donc de prendre la direction des fourneaux. Il se révèle être un excellent cuisiner et nous prépare un festin de roi: soupe de lentilles, assiette de légumes frais, pomme cuite en désert. Le tout arrosé de quelques bières! Nous fêtons la fin du treck et passons un très bonne soirée à rire et à plaisanter. Gurme a fait de gros progrès en français et moi en tibétains!

29 novembre : Lever à 6h00 pour prendre notre bus…le cuisinier dort toujours, Gurme prépare donc le petit-déjeuner que nous avalons avec un lance pierre. En effet, si nous voulons une place assise dans le bus, il faut être à l’arrêt le plus tôt possible, même si nous avons déjà les billets en notre possession.

Notre bus

Notre bus

Je ne me vois pas faire le trajet sur le toit! Nous montons donc dans le bus à 7h15 pour un départ initial prévu à 7h30. Nous quittons finalement Dunche à 8h00, passons le poste de police qui ferme les yeux sur le sur-nombre de passagers et ce qui devait arriver arriva! Tout à coup, à 2 kilomètres du village un bruit sec se fait entendre sous le bus. Essieu avant cassé! Tout le monde descend, on retourne à pieds à Dunche, le bus fait marche arrière doucement et s’arrête au premier “garage”. Je me vois déjà passer une autre journée ici mais non, les garagistes font preuve de rapidité. Quelques observations et palabres,deux coups de fer à souder et hop, tout le monde dans le bus!

Je ne suis pas rassurée et me demande quand va avoir lieu une autre casse, panne, crevaison, accident, chute dans le ravin…bref, suis un peu tendue!

sur la route de KTHM

sur la route de KTHM

Finalement, nous arrivons à Kathmandou à 17h00, épuisés, pleins de poussière (la route est une piste et les bus n’ont pas de vraies vitres). Nous prenons un taxi et rentons à Bodnath, dans ma famille d’accueil, qui nous attend avec un

Sur la route de KTHM

Sur la route de KTHM

bon thé bien chaud.

Fin de l’aventure. Gurme et Babou retourne dans leurs montagnes demain. Nous nous disons au revoir et échangeons quelques cadeaux. Je suis triste de les voir partir, je serais bien restée un peu plus dans ces belles montagnes à découvrir leur vie et à partager plus avec eux. Peut-être y retournerais-je? En tous cas, j’en ai envie !


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